Suite pour transports en commun, 2019-2023

Un projet de Caroline Melon

Autrice-metteuse en scène : Caroline Melon
Avec : Christophe Andral, Dalila Boitaud, Sébastien Génebès, Cécile Maurice / Concepteur son et régie technique : Mikaël Plunian / Intervenant vocal : Emmanuel Vranckx / Mise en condition : Célie Augé / Professeur d'arabe : Driss Wahbi

Mouvement 1 : Foule S.
Avec : Christophe Andral, Dalila Boitaud, Sébastien Génebès, Cécile Maurice / Concepteur son et régie technique : Mikaël Plunian / Intervenant vocal : Emmanuel Vranckx / Mise en condition : Célie Augé /   Professeur d'arabe : Driss Wahbi

Mouvement 2 : Comme on nous parle
Comédien.ne.s : Christophe Andral, Dalila Boitaud, Sébastien Génebès, Cécile Maurice + une vingtaine d'amateur.e.s / Concepteur son et régie technique : Mikaël Plunian / Intervenant vocal : Emmanuel Vranckx / Mise en condition : Célie Augé

> 18 juillet 2018 - 10h à 17h - Dans le tram (Bordeaux)
> Du 12 au 16 novembre 2018 - HOT HOUSE organisée par IN SITU, Île de Terschelling
Participation à l'invitation des Tombées de la nuit pour présenter le projet Suite pour transport en commun
20, 21, 24 et 25  juin 2019 - Laboratoire de recherche à Bordeaux soutenu par l'Été Métropolitain
> 3 au 5 juillet 2019 - création Mouvement 1 - Les tombées de la Nuit (Rennes)
> du 11 au 20 octobre 2019 - Bordeaux Métropole dans le cadre du FAB - Festival International des Arts de Bordeaux Métropole, de la programmation du Carré-Colonnes, scène conventionnée d'intérêt national de Saint-Médard/Blanquefort et des villes de Lormont et Villenave d'Ornon.
> 15 au 19 septembre 2020 - Le Grant T, théâtre de Loire-Atlantique à Nantes> Reporté du 14 au 18 septembre 2021
> 27 et 28 juin 2021 
- Festival VivaCité - Atelier 231, CNAREP de Sotteville-lès-Rouen
> Du 30 mai au 5 juin 2022 -
Paris - programmé par le Maif Social Club

Actualisation automne 2021

À Nantes en septembre, on a pris nos quartiers à Commerce, station de tram du centre-ville, pendant cinq jours. En s'installant ainsi sur l'espace public trois heures durant, on se met en lien avec celleux qui le traversent (flâneur.se.s, travailleur.se.s...) mais aussi celleux qui y passent réellement leur journée : mendiant.e.s, junkies, dealers, délaissé.e.s en mal de contact, etc. Quand on arrive, on essaie de prendre la mesure de ce que raconte l'endroit, dans ses couches ostensibles comme dans ses replis cachés.

Le premier jour, on en a pris plein la gueule.

On est venu poser nos petites chansons, toutes légères et modestes, et on attendu que la mayonnaise prenne. Pour ça, il nous fallait apprivoiser cet endroit ; et pour l'apprivoiser, il fallait tout d'abord l'écouter, l'observer, le mettre sous la loupe avec beaucoup de douceur et de respect. Cela signifiait se laisser impacter, toucher, traverser par tous les micro-événements de la rue, et se mettre en empathie, les corps connectés par les chansons, et par ce cordon invisible et animal qui relie inconsciemment les humains. J'ai l'habitude de dire que dans ces cas-là, c'est comme si les os de mon thorax s'ouvraient pour tout laisser rentrer. Une opération à coeur ouvert, quoi. Et quand tout rentre, ben... tout rentre. Le soir, on était à ramasser à la petite cuiller.

Dès le deuxième jour, on s'est senti plus à l'aise, plus alerte, plus relié, et la magie a commencé à opérer. Tu sais, Suite pour transports en commun, c'est une toute petite magie : tellement petite même, que si tu n'écoutes pas les comédien.ne.s te raconter toutes les interactions qu'iels ont eues, tu as l'impression qu'il ne ne s'est pas passé grand-chose. Forcément, sur l'espace public, la pudeur et la retenue sont de mise...

Avec les amateurices, le samedi, nous étions une grosse vingtaine à entonner Foule sentimentale. Je vous livre ici quelques phrases que certaines ont eu la gentillesse de nous adresser après :


Chanter comme Souchon (septembre 2021)

"Et si chanter comme Souchon

était la solution ?

C'est elle qui l'a dit

c'est elle qui a raison

Un jour je suis allée

avec une dizaine d'illuminé.e.s

chanter sur un quai bondé

de gens de toute la société

de chair et d'os et chair de poule

chaque regard croisé, chaque note ratée

retour de marché, bobos et ceux qui coulent

t'es pas dans the voice, là est la réalité

Tu donnes aux autres, mais c'est toi qui reçois

Et cette fois là, c'est aussi toi qui vois

ensemble mais seul, seul mais ensemble

Prends le ! Cet espace est à toi !

Une foule sentimentale qui a soif d'idéal

ça nous semble tellement banal

dans cette société tellement bancal

Le bien reste plus fort que le mal

un imprévu organisé

des respirations accordées

un secret partagé

des émotions échangées

Que plaider désormais ?

Chante Souchon ! C'est la solution !"

Bénédicte Lopez


"Les chants, les mots, le collectif, la poésie, le prendre soin de soi, de sa voix, de son corps et des autres, cela permet les rencontres, le faire-groupe et après le faire-société.

(...)

Pour moi encore...

Re… découverte des transports en commun. J’ai trouvé à être dans une place qui me place.

Enfin je peux être là et regarder l’effet que je fais sur l’autre en le regardant dans les yeux si je veux s’il le veut.

Re-mise en lien avec les sensations dans les transports publics lors de mon arrivée à Paris il y a 50 ans, venant de ma campagne…

Je regardais curieuse toutes ces personnes tous ces autres si autres... émerveillement…"

Maryvonne Bricaud Lame


"Cette immersion collective et individuelle qui a renversé, inversé, équilibré les poids du monde, un instant, et nous offre, toutes et tous, à la lisière du tram, à nous-mêmes, dans le grand Nous du dedans et du dehors et du lieu commun ! Cette expression de lieu commun est souvent utilisée dans un sens péjoratif, là, il prend tout son sens et devient là, honneur des yeux, des bouches et des oreilles... et de nos cœurs qui pulsent ensemble... On n'y pensait plus....

Alors je me suis souvenue que dans cette expérience, nos cœurs, tous, vibrent à l'unisson, de tout horizon, de toutes confessions, en toute discrétion... on l'aurait presque oublié... il y a eu ce moment de foule sentimentale... (...) Ici, les mots cohérence et incarnation prennent tout leur sens, et le sacré de ce projet est pour moi évident !"

Mathilde Pruvost


"(...) Puis sur le bord d'un quai tout d'un coup j'ai eu les yeux qui se mouillent.
Puis samedi soir dans mon canapé j'ai eu comme une énorme boule.
Et me voilà toute submergée, toute heureuse et toute déprimée à la fois.
Avec aussi tout plein d'idées et d'envie dans la tête, comme si je m'embarquais dans une grande aventure,
Alors qu'elle vient juste de se terminer, l'aventure,
Mais moi j'aime pas les fins et les au-revoirs, alors j'ai décidé qu'il n'y aurait que des débuts. Donc merci à tous pour ce début de plein de choses."

Anaïs Sendoa


"J+5 depuis la suite pour transports en commun

Foule sentimentale affleure sans que je m’y attende encore en plein milieu de la journée, de la nuit, au réveil… Comme un rappel.

Je me sens encore dans la résonance des instants vécus le jour J, et ceux qui ont précédés. Un caillou jeté dans l’eau. Je suis au 2nd ou 3ème rond. Bercée doucement à chaque irruption dans la journée de la mémoire de ces instants partagés.

Il y a une trace en moi, là où tant d’évènements nous traversent sans rien cristalliser à l’intérieur. J’aimerais la garder encore, la nourrir sans savoir comment aujourd’hui.

Je crois que ce qui m’a le plus touchée, c’est que tout cela est à la fois immense et tout petit. Immense car ça parle de l’essentiel : de cette humanité qui nous est si nécessaire, de la générosité que vous avez portée tellement haut à toutes les strates du projet, de lien, de connexion, de beauté, de poésie…

Petit parce que la proposition sur les quais du tram était subtile, fine, éphémère, non ostentatoire, proposer et non imposer, y compris dans le regard ; on est là parmi vous hommes, femmes et enfants qui traversent l’espace public, un instant, un instant seulement. Et on s’en va. Moi-même, je me suis sentie petite dans cette aventure. Il ne s’agissait pas d’être grande. Mais d’être là et de proposer.

Nourrie par l’expérience, par votre beauté les gars et les filles De chair et d’os et du Grand T, et les autres amateurs-trices. Je garde aussi un souvenir ému de Jean-Yves du Grand T passant entre nous et murmurant en dévoilant le fond de ses poches de veston : « j’ai des gâteaux, tu en veux ? ». Perfection, jusque dans les moindres détails !!!

J’aime bien l’idée d’Anaïs que tout cela n’est qu’un début…"

Cécile Picherit

 

Merci infiniment à vous toustes ! C'est brique à brique avec des morceaux de nous, et avec les bouts qu'ont rajoutés les usager·e·s, passant·e·s, habitant·e·s de la station Commerce, qu'on a construit tout ça !

Avec, à Nantes, les participant·e·s : Imane Azmy, Geneviève Billon, Elise Bouvry, Maryvonne Bricaud Lame, Florian Caillet, Salma Cherquaoui, Alissa Denissova, Catherine Guisnel, Jean-Michel Jaouen, Christelle Lambert, Esther Lefeuvre, Nicole Letertre, Bénédicte Lopez Gousset, Anne-Laure Mace, Marie Miannay, Cécile Picherit, Mathilde Pruvost et Anaïs Sendoa.

 

"Récit d'expérience" par Cécile Broqua

Suite pour transports en commun se décline en une série de mouvements. Chacun d’entre eux prend une forme singulière d’intervention dans l’espace public. À l'heure où nos villes se transforment en lieux de passage plus qu'en lieux de vie, où la mobilité (choisie ou non) peut nous conduire à une sensation de déracinement, de "déshabitation" de notre territoire de vie, la performance Suite pour transports en commun cherche à insuffler de légers décalages au sein de ces espaces collectifs. À tout moment de la journée, des saynètes impromptues surgissent ainsi sans prévenir dans ces lieux codifiés de nos ensembles urbains, sur le quai d’un tram, d’un métro, d’un train, dans un bus, une navette ou sur le parvis d’une gare. Pour gratter la surface des humains pressés que nous sommes, re-créer des situations d'échanges éphémères, de magie du quotidien, d'infra-ordinaire légèrement dérangé : le grain de sable qui fait sourire, qui amène de la connivence, de l'humour, du partage, et la reconnexion avec la Foule sentimentale que chantait Souchon et dont nous faisons tous partie, au bout du compte. 

Foule S. débute sans que l’on s’en aperçoive ou presque. Quelqu’un à l’arrêt de tram, casque sur les oreilles, fredonne. Un peu fort. Ce chant vient heurter l’espace de protection virtuel dans lequel chacun.e s’enveloppe au moment de pénétrer dans les transports en commun. On connaît la chanson pourtant… C’est qui déjà ? Un peu plus loin, une seconde personne commence à chanter à son tour, puis une troisième. C’est un chœur maintenant. Les yeux fixés dans le vide, comme perdu.es à l’intérieur d’eux.elles-mêmes, ils chantent ensemble, mais semblent étrangement seul.es au milieu des passant.es et des usagers du tramway. Il se dégage d’eux.elles une mélancolie que l’on garde habituellement pour la solitude protectrice de la chambre. Cette intimité est ici exposée, nue et sans artifice, dans l’espace urbain, elle fait irruption, dérange le.la passant.e, déplace son regard et viendra le toucher peut-être. Autour, les regards s’échangent, bientôt amusés, complices. La douceur de l’air si familier, ces paroles que l’on connaît sans les avoir apprises, la simplicité de la scène : la connivence s’installe. Puis, une note reste en suspend, le tram arrive, le quotidien reprend son cours. Mais, ce moment fugace de partage a ouvert, ne serait-ce qu’un instant, une parenthèse impromptue, vivante et sensible dans la mécanique de nos vies ordinaires.

Comme on nous parle, le troisième mouvement de cette Suite est une déclinaison, une démultiplication de Foule S. Ce ne sont plus deux ou trois personnes qui fredonnent sur le quai, mais un chœur d’anonymes, participant.es amateurs.trices qui viennent jouer le jeu du happening. Soudain peuplé de voix et de souffles à l’unisson, l’espace public, réapparaît alors, le temps d’une chanson, comme un endroit où des liens se recréent, où s’installe de près de loin une forme de complicité, où l’on peut se réunir, faire corps, jouer collectif.

 

DISPONIBLE EN TOURNÉE
Production - De chair et d'os
Coproduction - Été Métropolitain, Bordeaux Métropole, Les Tombées de la nuit (Rennes), IN SITU (Réseau cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union européenne), le Grand T, théâtre de Loire-Atlantique (Nantes).

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Entretien croisé -CAROLINE MELON ET CLAUDE GUINARD (Les Tombées de la nuit) 
KUB – juillet  2019

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Jeudi 18 juillet 2018 - résidence#1
Suite pour transports en commun - Mouvement 1 – Le récit

« Les chansons disent la vérité, plus elles sont bêtes, plus elles sont vraies ». François Truffaut

La performance débute sans que l’on s’en aperçoive ou presque. Quelqu’un à l’arrêt de tram, casque sur les oreilles, fredonne. Un peu fort. Ce chant vient heurter l’espace de protection virtuel dans lequel chacun s’enveloppe au moment de pénétrer dans les transports en commun. On connaît la chanson pourtant… C’est qui déjà ? Un peu plus loin, une seconde personne commence à chanter à son tour, puis une troisième. C’est un chœur maintenant. Les yeux fixés dans le vide, comme perdus à l’intérieur d’eux-mêmes, ils chantent ensemble, mais semblent étrangement seuls au milieu des passants et des usagers du tramway. Il se dégage d’eux une mélancolie que l’on garde habituellement pour la solitude protectrice de la chambre. Cette intimité est ici exposée, nue et sans artifice, dans l’espace urbain, elle fait irruption, dérange le passant, déplace son regard et viendra le toucher peut-être. Autour, les regards s’échangent, bientôt amusés, complices. La douceur de l’air si familier, ces paroles que l’on connaît sans les avoir apprises, la simplicité de la scène : la connivence s’installe. 
Puis, une note reste en suspend, le tram arrive, le quotidien reprend son cours. Mais, ce fugace moment de partage a ouvert, ne serait-ce qu’un instant, une parenthèse impromptue, vivante et sensible dans la mécanique de nos vies ordinaires.


Vidéo filmée au cours du festival "Les tombées de la nuit" à Rennes
Réalisation : KuB
Du 3 au 5 juillet 2019

Entretien vidéo filmée au cours du festival "Les tombées de la nuit" à Rennes
Réalisation : KuB
Du 3 au 5 juillet 2019

https://www.kubweb.media/page/caroline-melon-culture-sur-place-publique-tombees-nuit/


PRESSE

Ouest France - septembre 2021

France Bleu - septembre 2021

Les Inrocks, Supplément Fab - octobre 2019

Ouest France – 4 juillet 2019

Junkpage – octobre 2019

Sud Ouest – 15 octobre 2019

 

 

 

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 © Ivan Mathie